A jamais  
  Les trains passent à toute allure devant la ville dessèchée. Alors je me lève et jette l'aiguille puis descend ma manche et frotte mon coude. Les choses sont ainsi faites qu'elles ne font que passer. Rien n'est stable ici bas. Rien ne dure. Même la terre. Alors quand Tim vient me dire que le monde nous encule à jamais, je lui dis qu'un jour ou l'autre nous le baiserons. Car tout a une fin.

La nuit est maintenant tombée et les étudiants déferlent du campus vers les bars branchés du centre ville. Nous suivons ce flot d'endoctrinés parcourir les quelques mètres qui nous séparent de la place central et puis nous entrons à leur suite dans le Latino. Tim commande une bouteille de mescal et nous commençons à boire. A côté de jeunes gens chantent à tue tête des airs mexicains à la mode.

J'aime ce bar qui me rappelle les cantines d'un écrivain espagnol, Perez Reverte. C'est dans ce genre d'endroit que l'amant de la Reine du Sud venait se perdre dans le silence des corridos. Mais ici, de silence il n'y a pas. Les gens braillent. Les gens beuglent. Et Tim célèbrent notre disparition en remuant le mescal au dessus de ma tête et en cadence avec les ondulations perverses d'une jeune afro américaine.

De toute évidence Tim est amoureux. Il me délaisse pour venir se frotter contre l'afro américaine. Mais Tim ne sent pas bon. Tim pue. Tim sent les égoûts et les caniveaux. Pire, Tim sent l'échec à plein nez. Alors des potes à la jolie demoiselle viennent faire comprendre à tim qu'il est de trop dans cette danse. Alors je me lève pour affirmer que nous sommes dans un pays libre où chacun a le droit de danser où il veut et même contre, tout contre,un jolie jeune femme.

Les mecs ne savent pas se tenir. Les mecs boivent des marguaritas. Les mecs boivent comme des fiottes. Les mecs nous laissent et commandent des téquilas frappés. Tim revient à la table. Tim a l'air sombre. Tim comprend une fois de plus que nous ne faisons plus partie du monde. Alors Tim boit le mescal à la bouteille. Alors Tim mange le verre et me laisse la bouteille vide. Puis Tim se met à beugler que le monde est un ramassis de tarés esclaves de leur propres conditions et incscients de celles des autres. Alors Tim commence à faire tourner la bouteille au-dessus de sa tête.

C'est un copain de la jolie jeune fille qui se prend la bouteille dans le visage. Les choses vont s'envenimer. Les choses vont prendre un tour où seuls ceux qui n'ont rien à perdre gagneront. Car les types remontent leurs manches et nous attirent à l'extérieur, là où il pleut. Là où est notre maison. Et comme nous jouons à domicile et comme nous sommes ceux qui n'avons rien à perdre, je suis obligé de retenir Tim avant qu'il ne tue un homme déjà saoul, en sang et à terre.

2

A l'agence sociale, je suis obligé de répéter une fois de plus mon nom et d'expliquer que je n'ai pas de domicile. Je m'appelle Cash. John Cash. Comme le chanteur. Alors on me tend mon ticket et j'attends. Mon tour viendra j'en suis sûr.

Il vient après trois longues heures pendant lesquelles j'ai vu défiler tout ce que l'Amérique compte d'exclus. Et il vous ressemblait. Puis la guichetière me demande pourquoi je suis ici. Je veux lui dire que c'est pour la tuer. Que c'est pour lui ouvrir les yeux sur la merde dans laquelle elle contribue à maintenir tous les gens qui ont posés les mains sur son comptoir. Mais je fais comme tout le monde. Je dis que c'est pour toucher mon chèque. Et elle me le tends avec un sourire compassé.

Tim attends toujours devant l'agence et fume des clopes qu'il taxe à tous ceux qui l'approchent de trop près. J'arrive quand un homme qui fume lui refuse une cigarette et qu'il s'apprête à lui faire peur. Je le retiens âr la manche au moment où il s'apprète à lever la main sur lui. L'homme le regarde effrayé et de profil et paniqué. Puis i s'éloigne en pressant le pas. Tim est un authentique vaurien. Tim est une authentique tête brûlée par l'alcool, l'héroïne et le manque d'amour. Tim n'a jamais rien eu à perdre. Tim sera une légende un jour. Tim compte l'argent que j'ai dans les mains et se lèche les babines. Moi aussi. Nous allons pouvoir manger.

Le fast food ne fait pas attention à nous. Nous commandons tout ce que nous pouvons pour tenir aussi longtemps que nous pouvons. Tim ne prend pas le temps d'être à une table pour commencer son repas. Des bruits de succion s'échappent de sa bouche et les petits enfant le poitent du doigt pour le montrer à leurs parents. Finalement, des gens font attention à nous. Des gens nous remarquent. Et ils n'attendent qu'un mauvais pas de plus pour nous enfoncer davantage. Mais je ne dis rien à Tim. Je suis content de l'entendre manger comme ça. Je ne connais pas l'histoire de Tim. Je ne sais pas pourquoi il a atterri ici. Je ne sais pas si comme moi, à un moment donné on a arrêté de lui tendre la main. Je ne sais pas si comme moi tous les soirs il devait subir le cuir et le fer. Je ne sais pas. Je sais juste que c'est mon meilleur pote et que je lis dans ces yeux la plus grande des tristesse et le plus grand des réconfort. De celui qui efface tous les autres. Alors je le laisse faire du bruit. On sait jamais y'en a peut-être à qui ça pourrait faire plaisir d'entendre quelqu'un avoir toujours faim.

Le pluie s'est remise à tomber. Je remonte mon sweat capuche et regarde Tim aboyer après les passants. Le temps passe vite. Le soleil se couche maintenant. Les feux des voitures nous éblouissent. Et nous avons déjà mangé et 100$ de mon chèque. Et je commence à être en manque. Et je vois que Tim aussi. Alors nous ne pouvons rester là. Nous allons donc dans les rues commerçantes du centre ville et nous nous asseyons au carrefour des grandes rues.

Des gens nous jettent bien des piécettes mais quand nous faisons le compte quand tout est éteint, nous n'avons pas assez pour nous libérer. Alors nous remontons la rue principale et nous commençons à chercher.

La pharmacie est déserte et le rideau de fer est facile à crocheter. Nous le crochetons et entrons dans la pharmacie qui sent es médicaments et l'hôpital. Tim commence à boire de l'alcool à brûler et moi je me dirige dans l'arrière boutique et m'arrête devant le tiroir des M. Je trouve plusieurs doses de morphines dans une boite sous clé. Et puis des pas résonnent dans l'escalier au dessus de moi. Un homme aboie. Une bouteille se brise en touchant le sol. Tim tente de passer sous le rideau mais le pharmacien l'a déjà rabaisser. Alors Tim beugle et se rue vers le pharmacien. Mais le pharmacien apuie sur a détente et compose le 911. Tim gémit. Tim se tait. Tim respire lourdement. Tim ne respire plus. Alors je prends la boîte et la lance sur la tête du pharmacien. Du sang atterrit sur ma veste et sur le sol de la pharmacie, à côté de la tête de son propriétaire. La boîte est ouverte. Je prends les dose et remonte le rideau de fer. Tim gémit à nouveau. Je prends tim par la taille et le fait sortir de la pharmacie.

3

Tim perd beaucoup de sang et délire plus que de raison. Des frissons lui parcourent le corps. Alors je l'installe sur un banc, fait un garot comme je peux sous son aisselle et lui prépare un shoot avant qu'il ne souffre trop. Tim a raison. Le monde nous encule à jamais et on n'est pas près de le baiser.

 
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