Cold Heart  
 

 

 

à Kurt Cobain

 


La pluie tombe en abondance sur mon visage recouvert de boue. Je me redresse et tente de passer la main sur mon visage mais ma ceinture noué au dessus de mon coude a engourdi mon bras. Je balaie des feuilles sur mon pantalon et écarte des vieux papiers sur mes jambes et puis je remet ma ceinture là où elle doit être.

Des types ronflent fort sur les bancs alignés sur le mien. Des types parlent tout seul. Des types meurent en ce moment et vous ne faites rien pour eux. Alors je me redresse et vais dans les toilettes du bord du monde et entre les immondices et les seringues je passe de l'eau sur mon visage et le monde redevient galeux.

J'ai ma table au latino et le mescal m'attend aussi. Alors je rentre dans le latino et je vais à ma table et je commence à boire le mescal et le barman ne fais même pas attention à moi alors moi non plus je fais pas attention à lui et je vais mettre Personal Jesus dans le Juke Box et l'autre Johnny Cash, celui qui a réussi résonne dans le bar et tout le monde s'en fout alors je bois un peu plus de mescal et les choses sont calmes.

Et puis il y a un type qui se retourne et qui vient vers moi en me demandant pourquoi j'ai mis cette chanson. Il me dit qu'un soir comme ça on n'écoute pas des chansons comme ça alors moi je lui dis qu'il a qu'à changer vu que le monde ne veut pas entendre Johnny Cash. Mais le type a bu et il n'en a rien foutre de Johnny Cash. Alors je lui casse la bouteille de Mescal sur le crâne et tout le monde se souvient que j'existe.

Le latino se divise en deux comme la Mer Rouge. Il y a ceux qui observent et qui sont effrayés et puis il y a ceux qui jouent les héros et qui tentent de nous arrêter. Mais le barman n'aime pas voir son bar se disloquer alors il sort sa batte de base ball et nous fracasse les jambes et les gens retournent à leur potins et leurs chimères et le monde devient une fois de plus noir.

A l'hôpital ils tentent de mettre un atèle à ma cheville mais je leur dis que ça va alors ils me demande si j'ai mangé et je mange un bon repas chaud un soir d'hiver et je me dis que Tim il savait comment s'y prendre pour manger chaud de temps et temps et que je suis content d'avoir connu quelqu'un comme lui.

2

Je suis pas rancunier alors quand je retourne au Latino bien longtemps après que les chimères aient perfusés mon circuit sanguin et cortical, je ne fais la gueule à personne et le barman m'apporte ma bouteille de mescal et je regarde les autres.

Dans le métro je pose mon paquet de cigarettes et là aussi je regarde les autres et j'essaie de comprendre pourquoi ils ne s'arrêteront jamais. Ils passent tête baissée, tête haute, tête en l'air, soucieux, souriants, suaves, sévères, synchrones, symétriques et alors ils ne sont plus qu'un et alors je sais où je suis. A l'extérieur de la dynamique des fluides. Je me lève et je vais dans une rame du métro et là je suis le fluide et eux le canal et le canal est comme le fluide, il est sévère et synchrone et symétriques et les réponses tombent et je ne vois rien venir sinon la fin d'un monde. Le mien.

Avec l'argent je vais à la pharmacie. Et le pharmacien me demande mon ordonnance. Je lui dis que je n'en ai pas et que je souhaite juste quelque chose contre le stress et la fièvre. Alors le pharmacien me vend ce qu'il a de mieux et je prends tout en double.

3

Je veux décrocher. Je veux arrêter la boue et la sueur. Alors je m'enfile un gros verre de mescal et je prend des capsules contre la fièvre et j'attends que les frissons s'en aillent. Et il y a une fille qui me regarde avec des questions plein la tête. Je lui dis alors que le mescal ça aide à trouver des réponses. Elle se lève et puis elle vient à ma table et je plonge mon regard sur son body marron qui moule deux jolie seins que j'ai envie d'embrasser et de choyer comme deux perles oubliées du monde. Le barman m'apporte alors une bouteille de mescal et me dis «  tiens , Mescal » et puis il s'en va et ni elle ni moi ne gardons le souvenir de cette interruption.

Je crois qu'elle va pleurer. Alors je lui dis que les réponses quelquefois elle n'ont aucun lien avec les questions parce qu'elle ne veulent rien dire et que la seule, la vraie réponse, qu'elle nous fournissent c'est que ni les questions ni les réponses n'ont d'importance. Alors elle ne comprend pas, ce qui est bien là l'essentiel et me sourit. Et puis elle se décide à parler et me raconte sa vie. Elle me dit que ses parents sont des tyrans et qu'elle voudrait être comme moi sans famille ni parents avec juste le vent dans les poches et que là peut-être qu'elle saurait pourquoi ils l'ont fait naître dans un monde cruel au lieu de la laisser dans le néant.

Je ne suis pas un bon psychologue et je déteste les geignardes. Alors je l'écoute parler comme vous me lisez et je bois du mescal et les bouteilles n'en finissent pas de s'enchaîner et je suis obligé de ralentir et puis elle se tait. Alors je lui dis qu'elle a le coeur froid. De ceux qui n'ont rien d'autre qu'eux-même pour parler et que c'est pathétique. Et puis je me lève et elle paiera le mescal.

4

Sur le banc je finis les comprimés anti stress et je regarde une fois de plus les feuilles des chênes centenaires recouvrir mon carton. Et puis je met laisse bercer par le silence et je repense à ma journée pour la première fois depuis que je suis ici. Et je repense à tous ces gens que j'ai croisé dans la journée. Et j'essaie d'en établir une comptabilité mais il y en a bien trop. Alors je fais le tri et je compte ceux qui se sont tournés vers moi. Et je repense à ce que nous avons partagé. Et alors je constate que mon coeur est plus froid qu'hier encore.

 
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