| La preuve | |||
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Sur mon banc, il y a un livre. Je ne connais pas l'auteur mais je sais qu'il me réchauffera jusqu'à la nuit. Alors je prend quelques pierres et je le met au milieu et je rajoute des brindilles et des types viennent autour de moi et on regarde l'autodafé nous réchauffer les paumes. Et puis on commence à boire le mescal. Tout cela est devenu cérémonieux et nous savons qu'il nous faudra l'éternité pour l'oublier. Alors on commence maintenant et on boit au goulot. Des gens se sont trompés de chemin et nous regardent boire au goulot. Je n'aime pas leur regard. Je n'aime pas le regard vide des mes acolytes. Je n'aime pas les seringues qui sortent des poches. Je n'aime pas la déchéance qui me guette. Alors je sors du cercle. La ville est une immense rue où bourgeonnent tous les désespoir alors je marche en regardant le ciel mais là non plus l'espoir a disparu. C'est pour ça qu'une fois de plus je rentre dans le latino et me poste à ma table. Ce soir est une soirée découverte et des lecteurs reprennent les passages des livres qu'ils ont aimés. Nous sommes là dans l'éldorado de la beat génération : le nord ouest, alors tous reprennent des passages des clochards célestes et puis quelques hirsutes récitent leur propres proses et moi je finis ma bouteille de mescal et je me met à pérorer comme eux sauf que je n'ai pas de livre vu que je l'ai brûlé pour que des types puissent faire chauffer leur cuillère et les gens me regardent de travers et trouvent que je ne respecte rien même pas la poésie alors le barman me dit « ta gueule ou barre toi Mescal !, tu peux pas t'empêcher de te faire remarquer ou quoi ? » Dehors il pleut et mon duffle coat d'occasion laisse l'eau toucher ma peau et m'envahir de frissons nouveaux. Cela fait bien longtemps maintenant que je n'avais pas eu de frissons et celui ci me réchauffe plus que je ne l'aurai cru. Il y a quelque chose de bon ici bas. Il y a quelque chose qui ne nous appartient et dont nous sommes tous l'instrument. Il y a quelque chose qui nous unit aux gouttes d'eau . Nous sommes de la même essence et quand je fends le crâne d'un rat qui courait sous mes pieds j'ai froid. Alors je pousse la porte d'un immeuble sans digicode et je carapate sous les boites aux lettres en attendant le soleil et la fin de murge. 2 La police ne m'a jamais aimé. La police a toujours vu en moi un échec et la police n'aime pas montrer que l'on peut échouer dans son monde. Alors elle m'extirpe de son monde. Alors elle m'emmène loin du regard des autres. Simplement parce que lorsqu'il fait froid je dors sous des boites aux lettres. Où est l'échec là-dedans ? Où est la honte ? Devrais-je avoir honte ? Devraient ils avoir honte ? Ni eux ni moi ne veut se tromper alors personne n'a honte et tout le monde fait son boulot et je mange un bon repas chaud en prison avec des types qui sont en manque et que je regarde avec pitié. Et puis la vie suis son cours et je me retrouve une fois de plus dans le métro et je pose une nouvelle fois mon paquet de cigarette devant moi et des gens me jettent leur culpabililté dedans et je commence à regarder autour de moi et je n'arrive pas à me défaire de la sensation que même s'ils ne le croient pas je fais partie intégrante de leur existence comme eux font partie de la mienne et nous sommes plus que ces simples additions et Dieu est cette transcendance, celle qu'ils ont oublié pour leur portable et leur régime fractionnée et indigeste. Alors je me dis que j'ai de la chance parce que moi au moins je suis encore entier et je ne m'écartèle pas entre ma maîtresse, mes putes et mes chiards. Et puis je monte dans une rame et je visite les galeries glauques sous les crânes vides et impatients rompus et pliés sous la horde d'ordres émanent de gens plus puissants qu'eux mais il y a un type qui monte aussi dans la rame et qui se met à faire la manche. L'homme est un menteur. Il dit qu'il peint et que c'est un artiste et qu'il ne veut pas nous déranger juste il veut qu'on lui donne quelque chose en échange de ce qu'il a à donner. Alors je comprend que cet homme est un arnaqueur qu'il est là pour nous faire croire que ce qu'il dessine lui appartient mais ce n'est pas vrai. Alors je m'énerve et je sais que je vais encore revoir des amis de la police. Mais le type sort un couteau et tente de m'ouvrir le ventre. Le type est finalement à terre et ma chaussure lui compresse la pomme d'Adam. Il a du mal à bouger et je sers ses couilles aussi fort que je peux , c'est alors qu'il produit enfin quelque chose d'original. Un truc qui lui appartient. Un cri. Un cri rauque. Un cri guttural. La preuve de sa vie. Et je lui dis que pour ça je suis prêt à lui donner quelque chose mais que si il continue à venir dans ma rame pour vendre des dessins qui ne sont pas de lui et que, si il a l'outrecuidance de me dire le contraire, alors je veux que sa réponse soit juste et celle que je veux entendre sinon, dans quelques secondes, il retournera d'où il n'aurait jamais du sortir. Mais le type me donne une mauvaise réponse. Il me dit que c'est toute son âme qui est dans ces peintures. Il ne me dit pas ce que je veux entendre. Il ne me dit pas que quelqu'un quelque chose , supérieur à sa conscience l'a poussé à faire ces dessins et alors je sers et puis je le libère et il part à toute vitesse vers l'extérieur et la confort rassurant d'un conscience prédéterminée et bornée. Et moi je reste là à pleurer et puis on me tend un mouchoir et je peux essuyer mes larmes et sortir à nouveau regarder le soleil en espérant qu'il me fasse une nouvelle fois voir la nuit. Et puis le tapin continue. Les pièces s'amoncellent dans mon paquet de cigarettes. Des mots s'échappent de ma gorge enflammée par le mescal. Et ces mots ne sont pas les miens. Ils viennent d'ailleurs, du plus profond de la galaxie et je ne les comprends pas. Pourtant des personnes s'arrêtent et m'écoutent réciter mon texte. Certains sourient. D'autres sont graves. Et les pièces s'amoncellent. Oui les pièces s'amoncellent. Car c'est la seuls chose que vous savez donner à des gens comme moi quand nous essayons de vous donner autre chose. Tout cela n'est pas équitable et j'arrête de parler et les gens s'en vont. La mort m'attend mais elle ne viendra pas ce soir. |
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