| Dans le vif | |||
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Vu comment ça partait, je savais comment ça allait finir. La nuit battait son plein sur le Strip. Les filles tournaient autour de moi comme des oiseaux de mauvais augure. Rien nallait plus. Je révisais mon jeu. Je navais pas lhabitude de partir perdant pourtant là, fallait lavouer, les choses ne senclenchaient pas comme dans une pendule suisse. Ça coinçait. Ça coinçait sévère. Pour filer la métaphore, on pourrait dire quil y avait trop de pièces dans la pendule. Un coup ça se monte pas à 50. Ya un commanditaire, qui certes sentoure comme il veut, mais qui tranche. Une cible, ou victime, qui na rien à dire. Et un professionnel qui exécute le plan. Or on était loin de cette configuration. Très loin. Les commanditaires étaient aussi nombreux et organisés quune famille de gitans sur un parking de supermarché, la cible était consentante et surtout, je nétais pas seul à exécuter. On était deux. Et cest bien ce qui me surchauffait les neurones. A tel point quil me fallait les refroidir. Jentrai au Ceasar et me postai au bar à cette fin. Ce nétait pas la grande affluence. Jen profitai pour prendre mes aises et commandai une bouteille de gin. Au bout de quelques verres je me suis vite senti requinqué et jentrepris damener ma voisine à apprécier toutes mes qualités. Ce qui se limita, en bout de parcours, à quelques borborygmes quelle eut la gentillesse de ne pas relever. Je me réveillai en début daprès midi tout habillé sur mon canapé. La télé hurlait et javais limpression que tout lInterstate me roulait sur locciput. Un calvaire. Je pris une douche froide- et avalai une double dose dAlka Seltzer avant de me recoucher. La journée était foutue. La nuit inondait le lit de lumières électriques quand jémergeais à nouveau. Je me sentais relativement mieux. Un double expresso plus tard jétais complètement opérationnel. Et en retard. Javais rancard chez Jimmy pour rencontrer mon futur collègue. La tâche ne me réjouissait pas et je mattendais au pire. En remontant le Strip jusquau bar de Jimmy, je n'ai pas pu mempêcher dimaginer le gugus. J'ai fini par en avoir une vision nette et précise : un jeune voyou pistonné qui navait jamais volé que des rollex en toc et des baladeurs MP3 pourris mais qui se voyait déjà plus puissant que la Cosa Nostra et plus méchant que Joe Pesci. Jen rigolais à lavance. Lautre option me faisait moins rire. Beaucoup moins. Lautre idée était que lon ne maccorde pas toute la confiance que je mérite. Ce qui était bien pire. Parce que cela impliquait quun autre professionnel me rejoigne. Et exige une part substantiel du gâteau. Réduisant dautant mon pourcentage, ma capacité dinitiative et mon espérance de vie. Perspective peu réjouissante. Le Jimmys était une oasis. Rien ny était illicite. Tout y était protégé. Pas par les flics évidemment. Ce nétait cependant ni bordélique ni décadent. Il y avait des règles. Comme la courtoisie. Ou le respect de la parole donnée. Ce qui ne semblait pas être le fort de mon futur associé. Il nétait pas arrivé. Il était en retard. Plus que moi. Pour attendre jallai masseoir au bar, commandai une bière européenne et échangeai quelques mots avec Jimmy avant que celui-ci ne soit appelé par une jolie blonde et quil me délaisse. Il ne savait rien sur mon gars. Ou sil savait, il appliquait le troisième règle de la maison « occupe toi de tes affaires et tu vivras vieux ». 2 Cétait un vieux. Un vieux tout rabougri. Qui fumait du tabac brun si fort quil puait même dans le bar. Il avait une voix enrouée, fatiguée. Sil était du métier, il avait du sévir du temps de Capone. Il avait un drôle daccent. Je narrivai pas à mettre une origine dessus. En tout cas, il ne ma pas paru antipathique comme ça, en première impression. Je me suis juste dit quil allait falloir le traîner. Et je me demandai bien ce que javais pu faire pour hériter dun tel boulet. Cette idée me trottait encore dans la tête lorsque je me réveillais le lendemain matin. On avait convenu de se revoir dans la semaine pour faire le point et puis on sétait séparé en se serrant la main. En rentrant, javais résisté à lenvie de revoir cette jolie brune de la veille. Je métais même couché tôt. Comme un bon soldat. Et maintenant je réfléchissais. Je réfléchissais à la raison dune telle adjonction pour un plan aussi simple. Je réfléchissais à déventuelles ardoises. Je réfléchissais aux commanditaires, à la cible, à la police, aux fédéraux. Jessayai détablir des liens avec Jeb - cétait le nom quil mavait donné -. Et je nen voyais pas. Quant à moi, jétais clean. Du moins vis-à-vis des tous les participants sur le coup. Je retrouvais Jeb le soir même. Au Jimmys. Pour lui tout était prêt. Il avait tout décidé. Tout préparé. Tout ça en une journée. Le boulet se révélait bien entreprenant. Je commençais à deviner de la roublardise mâtinée dangélisme dans ses façons. Ça minquiétait. Et soulevait des interrogations. Et si ce vieux croûton était une pointure ? Et si lunique but de sa présence était le résultat dun deal passé entre les commanditaires, la cible et lui pour mévincer ? Ou pire, me griller ? Je me sentais ramollir. Lui continuait dexposer la manière dont tout cela allait se passer. Je commandais une tequila. On
passa à laction deux jours après. Javais tourné
autour du pot pendant ces deux jours histoire de prendre du recul, de
trouver une faille. Mais il ny avait rien. Rien de travers. Rien
de rien. Cétait bien ficelé. Cétait propre.
Ça sentait lexpérience et la maîtrise de soi.
Le plan était simple. On entre. On tétanise. On prend. On
sort. Tout sétait bien passé. Tout sétait très bien passé. Pas de fuite. Pas de flics. Pas de héros. Un bon casse. Bien mené. Jen avais félicité Jeb. Qui mavait rendu la pareille. On était heureux. Satisfaits. On était allé arroser ça chez Jimmy. Au champagne. Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Le lendemain on devait retrouver tout le monde pour une répartition du butin et lencaissement de nos chèques respectifs. La belle vie. Quand je me suis réveillé le lendemain, je nétais pas chez moi. Je nétais pas libre. Jen étais sûr. Ça sentait la vieille pisse et la prison mexicaine. Les rayons de soleil passant par le soupirail apportaient avec eux lespagnol. Jétais bien au Mexique. Jeb était là lui aussi. Quest ce quon foutait là ? Quest ce qui nous était arrivé ? On navait pas mis longtemps à comprendre. Surtout quand ils avaient apporté la tête juste la tête dAriel, l'un des commanditaires. On avait vite compris quil y avait eu comme un larsen au niveau stratégie. On savait bien que le vol était bidon. On savait bien que la cible et Ariel sétaient mis daccord pour arnaquer lassurance. On savait bien quon avait été engagé pour une question de crédibilité. Ce quon savait maintenant, cest que lassurance ce nétait pas le CNP. Cétait pas des gens à faire des constats amiables. Ou des demandes de dédommagement. Cétait plutôt du genre à trancher. Dans le vif. Ils nous ont laissé mijoté jusquau lendemain matin. A laube, ils sont venus me chercher. Jeb est resté en tête à tête avec ce qui restait dAriel. Je ne lai pas plaint. Je savais ce qui mattendait. Un interrogatoire en règle. Pour savoir où était le butin. Je savais aussi ce qui mattendait après. |
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