| Got luck ? | |||
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Dès le début, jaurais dû me méfier. Les mystiques sont des types à emmerdes. Toujours. Remarque, au départ, je ne pouvais pas le deviner. Rien ne laissait présager une telle irrationalité dans le processus de décision. Au départ, ça avait même plutôt lair alléchant. Plutôt lair professionnel. Si professionnel dapparence que, même si jaurais dû, je ne me suis pas méfié. Je revenais juste de Mexico quand jai appris quils me cherchaient. Ça faisait bien une paire de semaines que je navais pas mis les pieds à Sin City et javoue que je nétais pas particulièrement enthousiaste à lidée de traîner mes guêtres sur le Strip. Jétais plutôt dhumeur maussade. Si bien que javais accueilli la nouvelle avec une certaine fraîcheur desprit. Voila qui allait changer. Au début on aurait dit des hommes daffaires devant régler, par des moyens non conventionnels, un litige. Ils métaient apparus un peu embarrassé, un peu gêné, comme des personnes de bonne famille qui sapprêtaient à toucher leur premier gramme de coke. Des puceaux. Évidemment, je les avais mis à laise. Je leur avais dabord servi un bon whisky, les avaient invités dans mes nouveaux fauteuils en cuir et leur avait tendu à chacun un authentique cigare de La Havane. Je ne pouvais pas faire mieux. Et puis, javais entrepris de leur rappeler mes références ponctuées de quelques anecdotes, histoire de les dérider. On peut pas dire que ce fut le fol enthousiasme. Cependant, bien que leur cul eut toujoursdu mal à se desserrer, je les sentais quand même plus en confiance à la fin de mon laïus. Suffisamment en tout cas pour quils mexpliquent ce quils attendaient de moi. Cest le plus vieux des trois qui prit la parole. Il avait une barbe bien taillée, un costume trois pièces gris anthracite, une voix de baryton et des mains manucurées qui ne semblaient pas vouloir prendre la forme quil voulait. Son exposé était clair et net. Ça tranchait avec leur attitude. Ça voulait dire que si cétait leur première fois, ils y avaient néanmoins mûrement réfléchi et quil nenvisageait quune chose : le succès de lopération. Celle-ci était dailleurs simple : ils sagissait de récupérer une somme dargent, importante, des mains du coffre pour être précis- dun homme quils qualifièrent de « malhonnête ». Je ne cherchai pas en savoir plus. Cétait une affaire qui roulait. Jai commencé à avoir des doutes sur leur psychisme lorsquils mont envoyé les premiers éléments relatifs à notre affaire. Dabord le média. Lémail. Jusque là rien de bien déroutant vous allez me dire. Des emails relativement anonymes. Là encore rien dextraordinaire. Quoique tout le monde sait que ce nest pas le nom de lexpéditeur qui compte mais celui de sa machine. Cela marquait peut-être une légère paranoïa mais rien dexcessif tout juste dans la moyenne des non affranchis. Là où tout se jouait cétait dans le contenu du message. Là jaurais dû abandonné. Même pas me lancer dans laventure. Car tout était codé. Tout était codé à partir de verset de la Bible. Et cétait pas signé par nimporte qui. Cétait signé « Dieu Tout Puissant ». Des barjots. 2 Il mavait fallu trois semaines pour déchiffrer le premier mail. J'avais dû macheter quatre Bibles avant de trouve la bonne. Ces allumés avaient utilisé une Bible dune traduction et dune édition spéciale. Une Bible rare évidemment. Rien que ça et je tapais déjà dans mes frais. En plus je prenais du retard. Parce quils sétaient fait leur petit planning et les mails tombaient à intervalles réguliers. Évidemment, mes réponses nétant pas codées au début, je pouvais toujours leur expliquer ce que je voulais, ça servait à rien. Javais donc éclusé une bonne cinquantaine de Bud, passé une bonne dizaines de nuits blanches et cassé la gueule à une bonne vingtaine divrognes avant denfin percer le mystère. Tout était dans les chiffres. Ils me mettaient plusieurs versets de la Bible. Chaque verset avait son numéro. Chaque numéro correspondait à un mot ou une suite de mots une phrase donc. Ensuite il y avait un code qui faisait correspondre chiffres et mots. Or ce code, il a fallu que je le devine. Et comme je ne suis pas devin, jai donc épuisé un certain nombre de combinaisons avant dobtenir un résultat sensé et en rapport avec lobjet qui mintéressait. Cétait alambiqué. Certes. Mais cétait sûr. Et à vrai dire tout ce folklore religieux ne maurait pas trop dérangé si chaque message navait pas commencé « Mon Fils, » pour se terminer par « Dieu Tout Puissant ». Je sentais que ça risquait, à un moment donné, de peser un peu trop sur notre affaire. Je sentais lamalgame pointer. Je finis néanmoins par obtenir ce que je voulais. Du matos, du temps et de largent. Une fois assimilé, le code sétait révélé relativement simple et javais ainsi pu imposer correctement mes conditions. Nétant pas rôdé à ce genre daffaire, ils ne résistèrent pas très longtemps avant de revoir leur plan et daccepter le mien. Mon plan était simple. La victime vivait sur les hauteurs avec les affranchis, les stars du porno et les chanteurs à la ramasse. Dans une sorte de village de la classe moyenne de Vegas. Un quartier plutôt anonyme en fait. Je me souviens y avoir pris une cuite mémorable chez un mes collègues de LA. Quelque chose de pas piqué des hannetons. Javais bien mis une semaine avant de me rappeler où jhabitais. Cétait donc un quartier anonyme. Et ça marrangeait bien. Une camionnette de la compagnie des eaux ferait laffaire. Un véhicule anonyme dans un quartier anonyme. Pour ce qui était des alarmes et du coffre, vous me permettrez de garder mes petits secrets. Quoi qu'il en soit il s'agissait , à quelques détails près, de produits de « grande » consommation, donc pas très sorcier à connaître et à manoeuvrer. Après trois semaines de planque à connaître les allées et venue du loufiat, javais annoncé aux autres illuminés que jétais prêt. Et que ça allait se passer un mercredi. Jour des enfants. Le
mercredi en question, je me suis pointé. Attifé en employé
de la compagnie des eaux, jai commencé à farfouillé
dans le compteur, juré à voix haute, croisé le regards
de quelques vieilles derrière leur carreaux, simulé un appel
au propriétaire puis forcé la serrure. Maintenant jétais
peinard. Je ne me suis pas pressé et ai fait mon petit ouvrage
sans grande difficulté et puis je suis sorti, suis retourné
au compteur deau et, suis parti. Tout sétait bien passé. Javais découvert leur mail avec mes deux alka seltzer post gueule de bois. Ils ne souhaitaient pas que lon se rencontre. Ils ne souhaitaient pas me payer. Pas pour linstant. Le travail nétait pas fini. Le travail ne faisait que commencer. 3 Cétait pas prévu. Autant vous dire quil valait mieux que je ne les ai pas en face de moi. Sinon Dieu Tout Puissant aurait vite compris ce que cétait que lEnfer. Et pas seulement pendant trois jours. La colère calmée et la vengeance en ligne de mire, je cherchais néanmoins à comprendre. Dans le coffre, il ny avait pas que de largent. Il y avait aussi un carnet. Un carnet avec des noms et des sommes en face. Un carnet noir. C'est ce carnet qui intéressait mes gugus. Le fric, ils sen foutaient. Dailleurs, le fric, il était pour moi. Et les carnets, cétait ce qui les intéressait. Ce quils comptaient en faire ? Et bien du chantage. Leur disparition de la liste, une somme équivalente aux montants qui leur avaient été soutirés en échange des carnets et de la parole quils nen avaient pas de double. Autant dire que ces gars avaient signé leur arrêt de mort. Je connaissais ces carnets. Cétaient des carnets daffranchis. Daffranchis sur la fin ya que les vieux qui ne peuvent pas tout faire loger dans leur tête certes, mais daffranchis TRÈS puissants. Autant dire que s'ils étaient morts, moi, jen étais pas loin non plus. 4 A partir de là, j'avais faussé compagnie aux mormons. Je m'étais mis aux abonnés absents. Le fric et ce putain de carnet bien au chaud. Et j'avais suivis leurx agissement à distance respectable, très respactable. Cette histoire commençaient à faire parler les commères de la profession. Ça en devenait le feuilleton à la mode. Mieux que les soap californiens. C'est comme ça que j'avais appris qu'ils avaient continué. Ils avaient persévéré. Ils avaient continué à se prendre pour Dieu. Et Dieu Tout Puissant, tout content de sa position, sétait mis à envoyer des mails et des lettres invitant notre nabab à se repentir. Tout cela était très folklorique. Mais on ne peut pas dire que ça leur a réussi. Le vieux n'était pas sénile. Loin de là. Il avait vite su où chercher. A Vegas, des illuminés, yen a toute une communauté. Ça sappelle les mormons. Ce qui fait que nos gars avaient fini par retrouver Dieu. Dans un trou en plein désert. Quant à moi, je ne pouvais continuer à vivre cacher. J'avais un métier. J'avais une réputation. J'avais un carnet. Un carnet qui finirait tôt ou tard par me démasquer. Et me tuer. Alors j'avais pris les devants. J'étais allé voir Giuseppe X. Directement. Je connaissais bien ses allées et venues vu que je lavais suivi pendant des semaines. Et, toujours en employé de la compagnie des eaux, je métais pointé chez lui un dimanche après la messe. Il revenait avec toute sa famille et ils allaient sans doute passer à table sous peu. Tout le monde était là. Y compris les petits enfants. Je métais présenté et lui avais expliqué que javais des problèmes avec lapprovisionnement en eau de la maison. Ces petits enfants piaillaient. Il mavait alors entraîné dans son bureau, là où il y avait le coffre. Il sétait assis dans un fauteuil et mavait laissé debout, face au coffre. Son regard en disait long. Il savait. Il savait qui jétais. Il savait ce que javais fait. Les yeux des vieilles étaient son meilleur réseau de surveillance. Et javais été scanné en long et en large. A ce moment là, jai pris conscience de ce quil y avait sur ma tête. Et yavait pas de quoi faire des projets à long terme. Son silence mordonna de lui expliquer. Je métais alors avancé vers lui et lui avais tout expliqué. Sans jamais le regarder dans les yeux. En baissant la tête, soumis. Il navais rien dit. Il mavait écouté et puis il avait pris les carnets. Il avait regardé sil ne manquait rien avant de me fourrer son regard dans les yeux. Un regard de sicilien. Javais vu ma vie défiler. Il avait fini par extraire son regard du mien pour le reposer sur le carnet. Son fils était alors venu le chercher et je m'étais retrouvé seul face au coffre, le carnet dans les mains. Je compris alors que cette histoire n'avait jamais existé. |
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