| La peau de l'ours | |||
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Si je my suis collé, cest pas pour épater la galerie. Non. Tout le monde sait que ce genre de chose vous grille pendant de longues années. Vous êtes fiché par toutes les polices du monde. Vous devenez lennemi de lAmérique. En gros, vous êtes un homme mort. Non, si jai voulu me frotter à ça, cest parce que je voulais finir en beauté. Cest parce que javais le syndrome du dernier gros coup avant de partir et que je me disais que tout finirait de toute façon bien. Cétait un beau bâtiment. Sobre et discret, recouvert de vitres brillant au soleil. Impénétrable. Insondable. Mystérieux. Un bâtiment imposant. Je passais souvent devant. Dans mes jeunes années je savais même pas ce quil avait dedans. Cest un peu plus tard, après que j'ai été affranchi que javais appris quil sagissait de la Fédéral Réserve Bank de Vegas. Le lieu le plus discret et le plus sous estimé de le ville. Mais aussi le plus convoité et le plus inaccessible de tout le Nevada. Un truc à manquer doxygène. Le mont Everest des braqueurs. Évidemment pour réaliser un coup comme ça, il faut avoir les reins solides. Faut pas partir seul. Cest pas un truc pour les aventuriers. Aussi avais je réussi à convaincre quelques poids lourds de mépauler et de mapporter leur soutien. Et, vu la haine que vouait les véritables patrons des casino à ce bâtiment symbole dun racket dEtat, ça navait pas été trop difficile. Je métais ainsi vite retrouvé avec des moyens humains et financiers conséquents. La difficulté avait été dans un premier temps de gérer ces moyens. Cétait une tâche à laquelle je nétais pas habitué. Moi, mes casses, je les réalisais toujours en solo. Justement pour éviter tout ce merdier. Je me suis donc retrouvé à gérer des conflits humains, des comptes en banques et des plannings. Et des conflits, il y en avait. Il y avait trop de monde. Javais donc dû dégraisser. Et renvoyer une partie de mon personnel à ses chères études pour finalement me constituer une équipe de 10 gars solides, rompus à de genre de travail et peu bavards. On sétait très rapidement mis daccord sur la manière de procéder. Après recueil des infos, on sétait vite aperçu que la banque était en fait un gigantesque entrepôt. Elle stockait là des réserves colossales de billets de banque destinées à lensemble des casino, D.A.B. et commerçants de tout lEtat. Cétait ça qui nous intéressait. Le reste, tous ces bureaux avec ces ordinateurs remplis dargent dont on ne connaissait pas la couleur, cétait pas notre rayon. On était des manuels. Pour nous, la difficulté résidait dans leffraction. Il y avait des gardes. Scannés dans tous les sens par tout un appareillage biométrique. Ces gardes étaient bien payés. Cétait de bons américains. Fiers de leur métier. Qui se foutait pas mal de ce quon pouvait leur apporter, si ce nest une croix de plus sur leur tableau de chasse. On avait donc dû se la jouer moyen-âgeux. Une fois les « éléments » nécessaires au franchissement des barrières de sécurité en notre possession, on sétait détendu. Et on avait attendu le bon moment. 2 Le bon moment avait été un dimanche daoût. Pas parce que cest le jour du Seigneur mais parce que cest ce jour de la semaine où il y a le plus de fric au chaud. En plus en août, avec la chaleur, les gardes sont plus mous, ils ont les réflexes émoussés. Dailleurs quand on est arrivé à la porte dentrée et quon a vu quils étaient pas là, on sest dit quon avait vu juste. Cétait pour nous la première fois quon foutait les pieds à lintérieur. On était émerveillé, excités comme des gamins dans un cinéma porno. Cest vrai que ça frôlait lindécence. Le hall semblait aussi haut que la voûte céleste. Nos pas raisonnaient solennellement sur un sol marbré et brillant comme un miroir. Nous avancions sans en perdre une miette. Le silence nous enveloppait et nous ne disions mot. Cétait comme de fouler le sol de la Chapelle Sixtine. La salle du coffre était aussi impressionnante. Derrière une épaisse vitre blindée et transparente, se dessinait le coffre dacier poli et mâte. Lencadrement coupait littéralement la pièce en deux. La porte, ronde et convexe, reflétait dans lobscurité vespérale les diodes multicolores des détecteurs biométrique. Ce coffre était laboutissement de 150 années de vols. Ce coffre était notre raison de vivre. Lintérieur était onirique. Sur plusieurs étages sentassaient des millions et des millions de dollars. Nous nous sommes mis à déposséder lEtat Fédéral de toutes ses devises dans un silence religieux. Concentrés, nous réalisions que nous écrivions lHistoire. Nous nétions pas les seuls. Alors que nous nous affairions dans le Temple, des visiteurs nous attendaient, coincés dans les vestiaires, pointant leurs armes sur les gardes. Des gardes dont, dans notre recueillement, nous navions pensé à relever labsence. Ils nous tombèrent dessus alors que les sacs avaient été entassés dans le hall et que nous nous apprêtions à les emmener dans les camionnettes. Cagoulés, ils avaient également respiré de lhélium donnant à leurs voix un timbre grotesque. Ils nous ordonnèrent de nous coucher. Leurs armes pointées sur nous nous incitèrent à obéir. Trop surpris pour réagir, nous les avions regardés nous voler. Notre inertie allait nous sauver. Bientôt ils se détendirent. Ils commencèrent à rire et à fumer. Ils célébraient leur coup. Ils oubliaient dêtre vigilant. Ils oubliaient de prendre de lhélium. Ils nous ouvraient une brèche. Bientôt, ils achevèrent leur dernier voyage jusquaux voitures. Ils nous attachèrent alors solidement au poteaux soutenant la voûte du hall. Puis, ils prirent le temps dappeler les flics et de nous dénoncer. Cétait cruel. Cruel et stupide. 3 Ce coup là était laboutissement de toute ma carrière. De toute ma vie. Je nétais pas décidé à me laisser poisser. Comme ils avaient bâclé le travail, nous défaire de nos liens navait pas été difficile. Détaler avant larrivée de la police non plus. Et commencer la traque un plaisir.
Nous neûmes aucun remord. Ces types étaient des baltringues. Ces types étaient des balances. Ces types étaient des traîtres. Ces types avaient failli bosser pour moi. Ces types étaient les mecs dont on sétait séparé. Ces types venaient dapprendre quil ne faut jamais vendre la peau de lours avant de lavoir tué. |
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