| Le plus beau des casses | |||
|
Tout de suite elle ma déplu. Tout de suite, je me suis dit cest une pétasse. Tout de suite. Pas besoin dattendre. Elle portait une mini jupe noire , un body rose fuschia, des talons aiguilles noirs cirés, du rouge à lèvres à 200 dollars, une toison dorée et bouclée, des ongles roses fuschia et je sais quoi dautre rose fuschia. Une vrai pétasse rose fuschia. Chez Joe, ça faisait un peu tâche, je crois que même les têtes de cerfs faisaient la gueule. Et jétais pas le seul à avoir le vomi qui me titillait le sphincter. Faut dire aussi que la bière est moins chère chez Joe. La bière est presque gratuite. Et jen avais bu pas mal. Beaucoup même. Et les tables ne me semblaient plus tout à fait des tables. Plutôt des soucoupes volantes qui ne savent pas si elles doivent atterrir ou repartir. Dailleurs quand je me suis retrouvé incapable de retenir la mienne sous mes bras je me suis dit quil fallait lever le camp avant lattaque des gremlins. La nuit jai fait des cauchemars. Des cauchemars rose fuschia. La couleur, cest la seule chose dont je me rappelle. Avec un arrière goût de chaise électrique. Sale rêve. Quand je me suis réveillé, il faisait nuit. Jimmy ne mavait pas appelé et je me voyais déjà tourner en rond. Et jaime pas tourner en rond dans mon appartement. Alors je suis allé chez Joe. Comme dhabitude. Et quand jy suis entré, eh ben, évidemment, elle était encore là. Elle était encore là, et à ma table en plus. Ce qui ma fichu en rogne. Rien à foutre dune biatch blonde. Jai donc pris mon air de dur, mon air de confédéré et je lui ai dit de dégager. Ce quelle a fait sans aucune résistance. Sans aucune parole. Ce qui ma laissé complètement con. A croire que je mattendais à autre chose. En général, chez Joe, ça se passe autrement. Tout le monde me regardait dailleurs. Et personne comprenait. Et puis les conversations ont repris et jai pu boire mes bières jusquà lattaque des gremlins sans que plus personne ne fasse attention à moi, à la petite nouvelle et aux bois de cerfs. Quand je me suis réveillé, jai failli défaillir. Je nétais pas seul. Je nétais pas seul dans mon plumard. Yavait quelque chose à côté de moi. Yavait quelque chose SUR moi. Un quelque chose qui était une jambe, un cul et des nibards. Merde. Je me suis dit merde. Saletés de gremlins. Elle a pas cherché à résister quand je lui ai dit de partir, dégager. Jai même pas entendu le son de sa voix. Au Joes elle était encore à ma table. Quest ce que tu veux à la fin ? que je lui ai dit. Rien quelle m'a répondu. Encore une qui sait pas ce quelle veut jai pensé. Je lai pas chassé ce coup ci, rapport à la nuit dernière. On est resté assis lun à côté de lautre toute la nuit. A senquiller des bières. Sans rien dire. A la fin quand les gremlins ont débarqué, je lui ai pris la main et je lai emmené. Jimmy ma appelé vers 3 heures. Tout était ENFIN bouclé. Je lui ai donc dit de dégager. Ce quelle a fait. Et puis je me suis attelé à la tâche. En me demandant ce quelle venait foutre dans ma vie, cette pétasse. 2 A 18 heures, jétais prêt. A 18 heures jattendais les ordres. A 18 heures tout mon matériel était chargé. A 18 heures Jimmy ma appelé. On y va quil ma dit. Daccord que jai dit. Et je suis parti. Yavait plus de temps à perdre. Le soir chez Joe on a fait la fête. Entre nous sentend. On a fait la fête comme des malades. A tel point que jai pas vu les gremlins arriver. Et que jai relâché le sphincter. La honte. La honte totale. Ils se sont tous barrés en se marrant daprès. Ils ont tous dit que jétais une tafiolle daprès. Nempêche que je me suis réveillé dans mon lit. Et quelle était encore là. Même quelle faisait une lessive. Ça ma énervé. Mais quest ce que tu veux à la fin ? que je lui ai gueulé. Rien quelle ma dit. Je lui ai dit tout le monde veut quelque chose. La gloire, largent, lamour, la mort, de beaux enfants, un coucher de soleil, la caresse dun homme, une victoire des bulls, un sucre dorge, tout le monde veut quelque chose que je me suis énervé. Elle ma regardé. Elle ma regardé profondément. Et puis elle est parti en claquant la porte. Salope. Jai appris pour Jimmy dans les journaux du soir. Il sétait fait serrer à la frontière californienne. Il sétait fait serré pour excès de vitesse. Il sétait fait serré comme un bleu. Merde. Certes, javais une confiance totale en Jimmy. Certes je savais quil savait que je savais. Mais merde quand même. On est jamais sûr de rien. Jai donc fait mes bagages. Et je me suis décidé à acheter une guide du Mexique. Elle mattendait devant la porte. Elle mavait attendu toute la journée devant la porte. Elle avait attendu que je sorte. Elle avait attendu que je lui cours après. Mais quest ce quelle simaginait ? Que javais que ça à foutre ? Javais dautres emmerdes. Javais dautres problèmes moi. Je lai enjambé sans rien dire et je suis parti acheter mon guide, faire le plein et payer lardoise chez joe. Cest chez Joe que ça mest venu. Cest chez Joe que jy ai pensé. Elle était pas désagréable. Elle était pas causante. Elle posait pas de questions. Elle savait rien. Elle faisait quidam de base. Lidée ma tout de suite plu, pas besoin de gamberger. Elle était toujours sur mon pas de porte. Son Rimmel avait coulé. La sueur que jai pensé. Quand elle ma vu elle a baissé les yeux. Tu connais le Mexique que je lui ai dit. Elle ma souri. Ce qui ma fait un peu peur. 3 Jimmy navait pas parlé. Pas encore. Peut-être quil parlerait jamais. Peut-être. En attendant Vera Cruz allongeait sa plage à mes pieds et Lucy me massait le dos. Un vrai bonheur. Finalement je my faisais à Lucy. Elle était pas bavarde. Elle posait pas beaucoup de questions, elle était serviable. Javais réussi à la décider à se teindre en brun à ne plus porter de rose, bref, elle était à ma guise. Et je commençais à ressentir son absence lorsquelle partait courir sur la plage en fin daprès midi. Ce que jinterprétais rapidement comme le début de ma fin. Je décidai dy remédier en essayant de ne pas perdre la main. Je lisais donc les journaux. Et j'échafaudai. Des casses, des casses, et encore des casses. Toujours des casses. Seulement ça petite voix de soprano me revenait toujours dans la tête. Impossible, au bout de quelques heures, de ne pas lentendre. Et ça ménervait. A tel point que quand elle rentrait je lui disait de se taire. Parce que javais assez entendu sa voix de la journée. Bref, je commençai à devenir fou. Ce qui mirritait le cortex un peu plus . Je devais faire quelque chose. Et comme je savais faire quune seule chose. Je décidai dagir. Je passai un après-midi entier à mijoter mon plan. Et le soir venu, je la mettais au parfum. Elle fit la moue. Elle ne voulait pas. Je le compris tout de suite. Ce quelle voulait cétait que je reste bien gentil comme un toutou, que je fasse le cave quoi. Et ça jy arrivai pas. Comme jarrivai de moins en moins à me défaire de son étreinte. 4 Cest à Mexico quelle me lavait dit pour la première fois. Jimmy venait dêtre inculpé de vol à main armée. Il en avait pris pour 10 ans. Il avait plongé tout seul, sans rien dire. On était place de la révolution, elle avec son air de rien, sa démarche désinvolte et son corps de porcelaine. Elle ma balancé le truc comme elle maurait dit bonjour. Ça ma calmé. Ça ma rétréci les bollocks. Je me suis dit merde, je laurais jamais cru. Pas quelle le pense. Mais quelle me le dise. Comme ça, lair de rien. Sacré bout de femme en fait. Sacré tripes dans un si petit corps. Sacrément têtue. Sacrément décidée. Sacrément sûre delle-même. Si sacrément tout que lidée ma même traversé lesprit que cétait peut-être moi le chanceux dans lhistoire. Je me suis vite ressaisi. Ne pouvant réaliser de casse et prenant conscience de la précarité du métier ( rapport à Jimmy), je me suis décidé à me ranger. Et avec la thune du casse de Vegas, je me suis payé le plus beau bar à cocktails de la côte. Et jai compris. Jai compris le travail. Le labeur. Et jai regardé Lucy. Et je me suis dit que cétait elle le plus beau casse de ma vie. |
|||
| contact.amx | |||