| Vegasgate | |||
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Je
ne sais pas trop à quand ça remonte mais il y a longtemps,
mes ancêtres ont vécu en Europe. Quelque part là bas,
de l'autre côté de l'océan. Et puis avec les colons
ils ont remonté le Saint Laurent, traversé les Grands Lacs
et se sont installés dans ce qui allait devenir Detroit. C'était
des pionniers comme les autres. Mais je considère toujours cela
avec un grand étonnement. Avoir fait toutes ces bornes, avoir choisi
de changer de vie, s'être intégré, oui, cela m'étonne
toujours. Ça me permet aussi de mieux comprendre ceux qui m'entourent.
Tous fils d'immigrés. Tous la bougeotte. Tous pionniers, d'une
façon ou d'une autre. A Vegas, j'avais établi mes quartiers au Venetian. Pas qu'il me plaisait outre mesure ce casino mais c'était là où ceux qui paient étaient. Alors j'y étais aussi. Et je ne payais rien. Tout était gratuit. Ca faisait partie des notes de frais en quelque sorte. La durée d'attente entre deux boulots était on ne peut plus variable. Tout dépendait de l'offre et de la demande. De plus j'étais sur un marché concurrentiel. Très concurrentiel. Le nombre de bras cassés qui arrivaient chaque jour avec la volonté farouche de faire fortune était impressionnant. Et souvent ça gâtait le boulot. Ça le rendait plus difficile. Et même pour les types comme moi, bien installé, il fallait être irréprochable. La réputation était alors ce qui faisait la différence. La mienne ne souffrait guère d'impairs. Je peux dire qu'en deux années, je n'avais jamais rien raté. Je prenais certes mon temps mais pour chaque dossier personne n'avait jamais rien eu à me reprocher. J'étais un laborieux certes, mais un laborieux de première classe. Et quand M. Maldinio était venu me voir à ma table, il savait ce dont j'étais capable et le temps que cela prendrait. Ce n'était pas la première fois que M. Maldinio me sollicitait. J'avais déjà travaillé à 4 ou 5 reprises pour sa famille depuis mon arrivée à Vegas. Surtout au début. Je peux dire que c'est grâce à lui si aujourd'hui je fais partie de la « communauté ». Il a été pour moi plus qu'un simple parrain. C'a été un père. Un vrai père. Si bien que mes prix n'avaient pas enflé pour lui. Ils n'avaient pas suivi la courbé inflationniste des gens arrivés. Il était tel que lors de mon premier contrat. Pour l'argent, je me rattrapais ailleurs. Cette fois-ci j'avais tout de suite compris que ce job me coûterait plus d'argent qu'il ne m'en rapporterait. S'attaquer à l'entrepôt de la D.E.A. coûtait toujours beaucoup. Il coûtait même souvent la vie à celui qui s'y risquait. Mais est ce que je pouvais refuser ça ? N'était ce pas une marque de confiance ? Une étape de plus dans mon ascension ? Je le croyais en tout cas. Et bien que la drogue n'éveillait en moi que le dégoût, je devais bien ça à M. Maldinio. Je n'avais ni téléphone, ni ordinateur ni boite aux lettres. J'étais de la vieille école. Toute information qui devait me parvenir devait passer de la bouche du commanditaire à mon oreille et ne pouvais souffrir aucun intermédiaire technologique. C'était donc par la voix de gens que je connaissais, desquels j'avais éprouvé la loyauté, que je recevais tout ce qui m'était nécessaire pour un travail. Pour les autres, il y avait le Venetian. Je n'y mettais d'ailleurs plus les pieds dès que commande avait été passée. Question de respect pour celui que me nourrissait. J'avais donc quitté le Venetian après l'entrevue avec M. Maldinio et nous avions convenu de nous revoir sous 3 mois, juste avant l'opération. Je savais tout ce que j'avais besoin de savoir et nous revoir aurait été complètement inutile et compromettant. 2 Je n'avais aucune idée sur ce qu'était réellement cet entrepôt et son contenu. Ma première tâche fut donc de trouver un point d'entrée. Je pensai tout de suite à ce que la corruption pouvait m'apporter. Je tâtai donc le terrain auprès de quelques flics de mes amis, histoire de voir. Les flics de la D.E.A. étaient payés par le gouvernement fédéral. Et si corruption il pouvait y avoir , elle ne venait que des barons de la drogue. Autant dire que je n'avais pas les moyens de lutter. Je réussis à me faire embaucher comme manutentionnaire. Ayant toujours un casier judiciaire vierge et m'étant fendu d'une expérience de manutentionnaire pour Ford, les choses se passèrent très simplement et je comprenais mieux, à la vue de mon salaire, pourquoi il était difficile de corrompre qui que ce soit dans cet entrepôt. Au bout d'un mois j'avais une vision précise de ce à quoi j'allais m'attaquer et rendais mon tablier. Pas la peine de trop traîner avec des gens comme ça. L'entrepôt comportait trois niveaux. Au Rez-de-chaussée était les bureaux de la D.E.A.. Il s'agissait de bureaux ouverts, plutôt des enclos ou grouillaient la cinquantaine d'agents affectés au Nevada par le pouvoir fédéral. Une vraie ruche. Au premier niveau souterrain étaient les geôles. Là étaient enfermés tous les seconds couteaux qui avaient eu la malchance de se faire choper. 3 salles d'interrogatoires jouxtaient la trentaine de cellules. C'étaient là où les seconds couteaux devaient prouver qu'ils avaient l'étoffe de grands. C'était là où ils risquaient leur vie pour un nom balancé. C'était là où ils jouaient leur avenir. Enfin, au deuxième niveau souterrain était entreposée la marchandise saisie. 10 tonnes de cocaïne était présente lors du mois où j'avais travaillé dans ces locaux. C'était cela que M. Maldinio voulait. C'était cela que j'allais devoir récupérer avant qu'elle ne déménage. 10 tonnes de cocaïne. Autant dire que j'allais devoir m'entourer. La question était de savoir comment entrer, saisir la cocaïne et la transporter sans se faire canarder . La question était de savoir comment rester discret. Ce n'était pas dans mes habitudes de flinguer à tout va. Je ne trouve rien de bon à se foutre à dos toute une profession armée jusqu'aux dents et assermentée. Il fallait être PROFESSIONNEL. Je ne voyais donc qu'une seule alternative possible. Je me rapprochai ainsi de Jake. Jake se faisait surnommer Dr Jekill. C'était un chimiste. Un chimiste de tout premier ordre. Une pointure. Dont la seule ambition était de gagner de l'argent. C'était d'ailleurs la raison qui l'avait fait depuis longtemps abandonner les laboratoires d'Etat pour ceux plus discrets d'Amérique latine. Je savais que depuis une année il était à Sin City. Le bruit courait qu'il avait découvert une nouvelle molécule issu de la coca. Une nouvelle drogue. Un truc de fou. Et qu'il était là pour la vendre. Au plus offrant bien sûr. C'est un ami commun qui nous mit en relation. Rendez vous avait été pris au Ceasar's Palace. J'y arrivai avec ¾ d'heure d'avance. J'étais nerveux. De sa participation dépendait le succès de toute l'opération. S'il ne me fournissait pas de quoi endormir tous ces gus, j'étais refait. J'étais cuit. J'étais fini. Il arriva avec 2 heures de retard. Autant dire que tout cela était de mauvaise augure. Il ne prit pas le temps de discuter. Il avait ce dont j'avais besoin. Et il en voulait cher. Très cher. Plus que je ne pouvais me payer. Devant mon expression défaite, il ne prit même pas le temps de me dire au revoir. J'étais refait. Je restai de longues heures aux Palace. Je descendais bien une caisse de Crystal à moi tout seul. Ça n'allait pas. Ça n'allait vraiment pas. Ma fidélité à M. Maldinio me coûtait. Elle me coûtait cher. Elle allait me coûter la vie si ça continuait. Car je devais honorer ce contrat. Question d'honneur. Question de réputation. Jamais je n'avais dû renoncer à réaliser un braquage. Or la seule alternative à l'endormissement, c'était la mort. C'était tout mitrailler. C'était foncer dans le tas. Et ça, je ne savais pas faire. Je m'y étais toujours refusé. J'avais ABSOLUMENT besoin du savoir faire de Dr Jekyll. Le retrouver prit du temps. Beaucoup de temps. Je le retrouvai finalement un soir où je ne le cherchais pas. Il était en rendez vous avec des mormons à une table du MGM. J'avais patiemment attendu qu'il leur fasse le même coup qu'à moi, ce qui n'avait pas traîné. Je lui avais alors sauté sur le dos. Je l'avais ensuite invité à boire un verre. Je l'avais ensuite invité à écouter une proposition qu'il ne refuserait pas. 3 M. Maldinio ne s'inquiétait pas outre mesure. Le fait que la poudre soit toujours au chaud m'évitait toute pression superflue. C'est donc moi qui repris contact avec lui en premier. J'étais, nous étions, prêts. Nous allions agir. Nous allions agir le soir même. Il en était très heureux. Je passais chercher la poudre magique du Dr Jekyll et partais aussitôt pour l'entrepôt. Avec mon mois d'expérience je connaissais parfaitement le terrain. Je savais exactement où je devais aller. Je savais exactement où était situé les turbines de l'air conditionné. Je savais exactement comment les utiliser. 30 secondes suffirent. Lorsque j'entrai dans les bureaux, les quelques noctambules présents dormaient profondément. Lorsque j'entrai dans le 1er sous-sol, il émanait des geôles le ronflement sourds de gens qui n'avaient pas réussi à dormir depuis longtemps. Lorsque j'entrai au 2nd sous-sol, le camion était chargé et n'attendait que moi. 4 M. Maldinio ne comprit pas aussitôt ce que je lui disais. Il faut dire qu'il avait de quoi être choqué. Je lui annonçai qu'il ne reverrais jamais sa drogue. Que je me mettais à mon compte. Que j'avais dorénavant une famille. Ma famille. Constituée de 24 hommes dénichés dans les geôles de la D.E.A et d'un associé. Un associé qui n'avait pas refusé de réaliser son rêve. Le rêve de faire de chaque toxico un pionnier et de chaque cerveau toxicomane une nouvelle frontière. M. Maldinio ne s'en est jamais remis. |
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