| Trompeuses apparences | |||
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A Vegas, passé le 1er mars, la chaleur nen finit pas. La température monte sans arrêt. Elle monte tellement quelle finit par rendre les gens complètement hystériques. Et, souvent, le 4 juillet, cest lapothéose. La foule en délire, la bud light dans le caniveau, les beauf dans les casinos, le feu d'artifice illuminant les ténèbres. Une chouette ambiance. Une chouette ambiance dont je m'étais extrait rapidement. Vautré dans un carré VIP du MGM, en sirotant une coupe de Crystal, je regardais tout ça de loin, à la télé. A côté, les gens ne se demandaient même pas qui j'étais. Les flics ne m'alpaguaient pas. Les tauliers me souriaient. C'était jour de fête. Passé 4 heures du mat' et avec une caisse de Crystal dans le cornet, je m'étais décidé à tenter l'aventure de la rue. Faut dire que le Strip était drôlement chouette à la télé. C'était donc chargé d'images idéales que j'avais salué le portier (en lui glissant Abraham dans la main) et posé les pieds sur le sol sauvage de la ville du Pêché. C'avait été une cruelle désillusion. Je me demande toujours d'où les journalistes prennent leurs images. Le Strip était tel que je m'en souvenais : bourré de merdes vivantes ou objectales. Un tas d'immondices en putréfaction avancée. J'essayais tant bien que mal d'éviter les flaques de vomi en me disant que j'aurais mieux fait de rester au chaud dans les bras des deux piques larfeuilles féminins du MGM. En même temps je n'avais plus vraiment la force d'avaler quoi que ce soit. J'étais fait. Et c'est l'instinct de conservation qui m'empêchai de prendre ma bagnole. Le taxi mit du temps. Beaucoup de temps. Un paquet de clopes à vrai dire. Et le temps de dessoûler suffisamment pour regretter d'avoir appelé un taxi et lâché par carte bancaire un autre Abraham pour qu'il se pointe vite. Le soleil se levait lorsqu'il arrivait enfin. Il arrivait vite. Vite et mal. Le Strip était à peine assez large pour contenir ses assauts répétés contre les trottoirs. J'étais dans de sales draps. Le type était mormon. Et il avait bu. Or un mormon quand ça boit, ça ne sait pas s'arrêter. Ça ne connaît pas ses limites. Question d'éducation. Ces types ont grandi dans le rejet de l'alcool. Si bien que, quand les moins vertueux d'entre eux découvrent la vie (ce qui était de toute évidence le cas de mon taxi), ils ne savent pas gérer . Mais alors pas du tout. Celui-là sentait le vomi depuis le MGM. Le T-shirt de mon gus avait viré jaunâtre avec des lacérations vertes et bileuses. J'en avais tourné la tête. Et quand il m'avait demandé mon chemin, je lui avais demandé de répéter.
J'avais certes conscience que j'étais saoul. J'avais certes conscience qu'il me fallait éviter toute artère touristique. Qu'il me fallait éviter les nids de flics. Mais j'avais sommeil plus que de raison sans parler que de savoir qu'un branleur dormirait dans son taxi en face de chez moi pendant toute la journée me minait. Alors j'avais remonté le Strip. Et pris l'Eastern Sahara à toute berzingue avant de m'engouffrer dans Paradise Road. C'est à l'angle de Paradise et de Sierra Vista que le sirènes s'étaient mises à hurler. Les flics m'avaient vu prendre le virage à l'arraché et m'avait pris en chasse. Pendant l'espace de quelques secondes de vieux réflexes m'avaient poussé à écraser l'accélérateur et à chercher un moyen de les larguer. Pendant quelques secondes. Mais j'étais de retour. J'étais de retour à Vegas. Et j'avais pas envie de partir tout de suite. 2 J'avais vite réalisé que nous étions le 5 juillet et que la fête était finie. Les flics m'avaient fait le grand numéro. Expulsion du véhicule, main sur le capot, lumière dans les yeux, demande de licence. Demande de licence. C'était bien là ce qui m'emmerdait le plus. De licence je n'avais pas. Et le seul à en avoir avait eu le temps de se gerber une fois de plus dessus avant de sombrer dans un coma éthylique. J'expliquai ma situation au poste de police. Le mec mâchonnait fiévreusement son chewing-gum (qui, vu la virulence de ses coups de dents, ne devait plus avoir aucun goût depuis longtemps) en me posant et reposant toujours les mêmes questions. Le résultat de l'éthylotest était vite arrivé. J'étais bon, ça je le savais mais ce n'était pas ce qui m'effrayait le plus. Ce qui me mettait les couilles sous le menton, c'était qu'ils allaient entrer mon nom dans leur putain de terminal. C'était qu'ils allaient savoir qui je suis. Ce ne fut pas long. Le flic m'avait alors planté son regard droit dans le mien. Je n'avais pas baissé les yeux (On est comme on est et j'assume mon parcours aujourd'hui comme à cette époque). Il avait arrêté de mâchonner son chewing-gum et sans détourner son regard du mien avait demandé à son collègue de quitter la pièce et de fermer la porte derrière lui. Je craignais le pire. Ce qui m'était tombé dessus n'avait rien de vindicatif. Ça m'avait pourtant fait aussi d'effet qu'une mornifle. Cet homme, d'une espèce très répandue à Sin City, me mettait au parfum. Il me servait un emploi sur un plateau. Il me proposait d'augmenter mon capital. Il me proposait d'augmenter le sien. Restait à savoir s'il s'agissait d'un test. Ou bien s'il s'agissait d'une VÉRITABLE offre. Mais j'étais trop saoul pour réfléchir. Je lui avais serré la main. Et j'étais ressorti par la grande porte sans menotte ni mouchard, juste avec une adresse que ma main moite allait détremper jusqu'à ma voiture. 3 Malgré la nuit blanche, je n'avais pas réussi à m'endormir. Le sommeil s'était évaporé. Faut dire que j'avais de quoi me retourner le cortex. J'étais passé à un cheveu de la Prison d'Etat pour finalement me faire embaucher. Tout cela me semblait louche. Des flics opportunistes corrompus, certains diraient- j'en connais. Des flics qui t'embarquent comme John Wayne et te signent juste après j'en connais moins. C'est pour ça que je décidai d'appeler Chad -un autre opportuniste-. Et Chad ne trouva rien d'autre à me dire que du bien de John Wayne toujours en service,je l'appellerai ainsi afin de préserver ma réputation et ma famille-. J'avais confiance en Chad. Il m'avait déjà évité bien des emmerdes. C'est lui finalement qui me décida à rappeler John Wayne. John
Wayne était resté froid au téléphone, je devais
le déranger. Il m'avait juste conseillé de dormir vite et
bien et de mettre une sonnette sur ma boite mail. Dire que ce fut court
relève de l'euphémisme. Mais après tout il y a certaines
choses sur lesquelles il ne vaut mieux pas disserter. La banque était en face du Desert Inn. De toute évidence les banquiers refusaient la protection de leurs voisins. J'allais leur montrer qu'ils avaient tort. Entrer dans la banque ne fut pas très difficile. Les systèmes d'alarme n'ayant pas considérablement évolués pendant mes 2 années d'absence, je ne perdais qu'un peu de temps (le temps de se dérouiller) avant de m'attaquer au coffre. Là, l'objectif n'était pas d'être discret ( John Wayne était en faction dehors) mais de bien saloper le truc pour qu'ils perdent, en plus du fric dans le coffre, le coffre lui même et revoient l'ensemble de leur sécurité. J'avais donc agi au chalumeau. Chose vieille et bruyante qui, contrairement aux explosifs, détruisait le coffre ET obligeait à engager des sommes considérables pour l'extraire et le remplacer. Ce fut un plaisir aussi intense j'aime mon métier- que de compter les 35 millions de dollars qu'il renfermait. J'étais heureux. J'étais à nouveau au turbin. J'étais à nouveau au coeur de Sin City.
Lorsque j'avais entendu la sirène de police remonter le boulevard puis la voiture se garer en vrac sur ma pelouse, j'avais juste rigolé. J'avais pensé à John Wayne. J'avais pensé qu'il en faisait toujours un peu trop. Au fil du temps, on avait sympathisé et la qualité de mon travail pour les Italiens l'avait autant aidé que moi. On s'était trouvé des points communs. Mais toujours discret il arrivait chez moi sirènes hurlantes pour faire croire aux gens bien qu'il en était un aussi, de gens bien. Contrairement à moi. Mais moi j'en avais rien à foutre. J'avais depuis longtemps choisi ma voie. J'avais donc rigolé en l'entendant foutre une fois de plus le raffût dans le quartier. Mon sourire s'était vite effacé lorsque j'avais vu 5 autres voitures suivre la sienne. C'est lorsque j'avais cherché à joindre Chad, Vito, Luigi et les autres que j'avais saisi l'ampleur du carnage. Que j'avais saisi le fond de l'histoire. En un quart d'heure l'ensemble des forces de l'ordre du Nevada s'étaient ruées à toutes les adresses des Italiens et de ceux qui travaillaient pour eux à Vegas, Reno et ailleurs. Avec des preuves à charges et la perspective de passer 20 ans en Prison d'Etat. Et je ne pouvais rien contre ça. Si ce n'est fuir. Et fuir encore. C'est après, quand on avait pu à nouveau se parler entre nous, que j'avais su pour John Wayne. Ce type n'était pas un ripou. Ce type était un agent infiltré. Le Bien incarné. Un héros de l'Amérique. Comme quoi les apparences peuvent être trompeuses. |
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